et aussi…

Lapsus parlés, lapsus écrits

Mots d'adultes, mots d'enfants

 

 
 
   
 

 

« Une morale nue apporte l'ennui.
Le conte fait passer le précepte avec lui. »
Jean de La Fontaine


Je collectionne les paraboles et les fables colportées oralement. Ces courtes histoires qui s'adressent au coeur et à l'esprit. La plupart du temps, je les réécris de mémoire, pour le plaisir.

C’est avec joie que je recevrais ceux que vous voudrez bien m’envoyer : contact@eveilleurs-didees.com

Le mille-pattes
Il était une fois un mille-pattes qui dansait merveilleusement bien. Quand il dansait tous les animaux venaient l'applaudir, sauf un moustique qui le jalousait.

Plus le temps passait, plus le mille-pattes connaissait la gloire. Ne le supportant plus, le moustique échafauda un plan diabolique.

Il écrivit une lettre au mille-pattes :

Je suis un fervent admirateur de votre art inégalé de la danse. Grâce à votre incomparable talent cet art si difficile atteint la perfection. Vos mille gracieuses pattes le subliment. Aussi, je me permets de vous demander quelle technique vous employez pour vous souvenir de lever au bon moment, la 608e patte gauche, alors que vous devez en même temps, baisser le 31e patte droite ? Et surtout quelles pattes vous lancez quand vous attaquez une danse ? Est-ce la 24e droite et la 538e gauche, ou la 728e gauche et la 40e droite  ?
Maître, j'ai hâte de connaître les secrets de votre art. Respectueusement.

Quand le mille-pattes, qui ne s'est jamais posé ces questions, reçut la lettre, il s'interrogea longuement pour savoir comment il procédait exactement pour danser. Et s'en trouva paralysé pour le restant de ses jours.


Saisir sa chance
Le village étant inondé, un homme s’est réfugié sur le toit de sa maison. Comme le niveau de l’eau ne cesse de monter, il prie pour appeler Dieu à son secours.
Arrive une barque de pompiers. "Montez !" lui disent les pompiers.
- Non, merci, Dieu va venir à mon secours
Vient un hélicoptère. "Montez !" lui dit l’équipage.
- Non, merci, répond-il, Dieu va venir à mon secours
Et ainsi de suite.
Bientôt l’eau atteint le toit de la maison et il périt noyé.
Quand il arrive au ciel, il va voir Dieu et se plaint : Dieu, je vous ai appelé et vous n’êtes pas venu à mon secours !
Comment ? répond Dieu, je t’ai envoyé une barque, un avion, etc. et tu as tout refusé !


Le dresseur de coqs
Un dresseur préparait un coq de combat pour le roi.
Dix jours après le début du dressage, le roi s’enquit : "Le coq est-il déjà bon pour le combat ?"
Le dresseur répondit : "Pas encore, il est vaniteux et suffisant."
Dix jours passèrent et le roi réitéra sa demande.
Le dresseur répondit : "Pas encore, il réagit à chaque ombre, à chaque bruit."
Dix jours plus tard le roi s’enquit de nouveau.
"Toujours, rien, lui fut-il répondu. Il a encore le regard trop irrité et un air triomphateur."
Enfin, après dix autres jours, comme la demande se renouvelait, le dresseur déclara : "Il y est presque ! Quand d’autres coqs chantent cela ne fait aucune impression sur lui."


Mordre ou siffler

Un serpent mordait tous ceux qu’il rencontrait, si bien que tout le monde l’évitait et qu’il était toujours seul.
Il était si mal dans sa peau, qu’un jour il alla voir le sage des reptiles auquel il confia son mal-être.
Si tu veux cesser d’être malheureux, abstiens-toi de mordre tous ceux qui t’approchent, lui conseilla le sage.
Quelques jours plus tard, alors qu’il se promenait en méditant, le grand sage aperçut le serpent qui gisait moribond dans un fossé.
Que t'est-il arrivé ? demanda le sage, au serpent.
Ce sont les enfants qui m’ont roué de coups de bâton dit en gémissant la victime.
Et tu t’es laissé faire ?
Tu m’avais dit de ne plus mordre !
Je t’avais dit de ne plus mordre, mais pas de ne plus siffler !


La boutique de l’ange

Un ange tenait boutique. Un client entra et demanda :
- Je voudrais acheter un peu de paix
- Je regrette, mais je n’en ai pas, dit l’ange.
- De l’amour, alors.
- Désolé, mais...
- Bon, je vais prendre une sérénité.
- C’est que, heu...
- Mais vous n’avez donc rien dans cette boutique !
- Ne m’en veuillez pas, dit l’ange, moi je ne vends que les graines.


Histoire de l’humanité

Désireux de s’instruire, le roi de Perse demanda à ses conseillers d’écrire, pour lui, toute l’histoire de l’humanité.
Vingt ans plus tard, ils lui apportèrent 500 ouvrages. "C’est bien trop long, dit le roi, je n’aurais pas le temps de lire tout ça !"
Cinq ans après, ils lui apportèrent une édition en 120 volumes. "C’est encore trop", dit le roi.
Les conseillers se remirent au travail et lui proposèrent cinquante, puis vingt, puis dix volumes.
Le roi trouvait que c’était encore trop.
Alors, l’un des érudits, enfin, lui expliqua tout en trois mots : "L’homme naît, souffre et meurt."


Comment sont les gens ?

C’est la conquête de l’Ouest.
Arrivé de fraîche date, un aventurier interroge le barbier chez lequel il se fait raser : " Comment sont les gens dans cette ville ?"
- Comment étaient les gens d’où vous venez ? répond le barbier.
- Hargneux, désagréables, avares, rancuniers !
- Vous verrez, les gens d’ici sont pareils.
Le lendemain, un autre pionnier demande au barbier :
- Comment sont les gens ici ?
- Comment étaient les gens d’où vous venez ? lui répond le barbier.
- Aimables, serviables, généreux.
- Vous verrez, les gens ici, sont pareils.

Une parabole nécessite peu d'explication. Elle parle d'elle-même.  S'adressant autant à l'affectif qu'à l'intellect elle nous éveille à différents niveaux.
Certains disent que c'est une histoire de la terre racontée avec les mots du ciel.
Une histoire habitée qui nous entraîne au-delà de nous-même, parfois jusqu'à Dieu...