et aussi…

De la dyslexie à la créativité

 

 

   
 



Comment j'en suis venu à animer des ateliers d'écriture ?
C’est un concours de circonstances qui m'a amené à faire écrir les autres.

Après avoir obtenu un prix à l'Académie Française pour un recueil de poésies, j'ai été interviewé à ce sujet par une radio locale. Suite à cette interview, le responsable d'un centre culturel m'invita à parler d'écriture et de poésie devant les adhérents de la bibliothèque.
Dans le public, se trouvaient des enseignants. Une institutrice me proposa de rencontrer ses élèves.
Séduit par l'idée de "parler poésie" avec des enfants, j'acceptais.
Mais, tandis que je préparais mon intervention, je me suis souvenu des textes soporifiques qu'il fallait ânonner sur les bancs de l’école, parce qu'ils étaient inscrits au programme. Et je me suis dit que je n'allais pas, à mon tour, détourner les enfants de la poésie avec des textes qui se trouvaient peut-être à mille lieues de leur sensibilité.
J'ai donc décidé d'employer l'heure et demie qui m'était offerte, à leur donner l'envie de créer et d’illustrer leurs propres textes par le biais d'exercices d'écriture simples et ludiques tels que :
- Si j'étais un lapin qu'est-ce que je dirais au chasseur que je rencontrerais ?
- Si je "parlais caillou", qu'est-ce que je dirais aux gens qui me marchent dessus ? Aux lance-pierres qui me forcent à tuer les oiseaux ? Au vent qui me caresse ? À la mousse qui me pousse sur le dos ?
L'ensemble de la classe s’enthousiasma pour ces jeux d'écriture. Il faut dire que la grande ouverture d'esprit de l'institutrice me facilita les choses.

Ce premier atelier d'éveil poétique fut suivi de nombreux autres.
Et plus j'avançais dans mon expérience avec les enfants, des garçons et des filles de 8 à 12 ans, plus ils m'étonnaient. Leurs créations étaient si vives, si riches et spontanées, qu'après chaque atelier, je m'interrogeais. Pourquoi la plupart des adultes ont-ils perdu cette spontanéité, cet élan créateur qui existe naturellement chez les enfants ? Pourquoi n'ont-ils plus l'étonnant pouvoir de détourner les choses, d'inventer des situations, de métamorphoser les objets comme bon leur semble ?
J'avais beau tourner et retourner ces questions dans ma tête, aucune réponse ne me satisfaisait.

À cette époque, certains de mes poèmes étaient publiés par la revue "ARTÈRE" qui associait la poésie à la peinture. Cela me donnait l'occasion de rencontrer de nombreux créateurs : peintres, musiciens, écrivains, illustrateurs. C'est en les observant travailler ou simplement vivre, que je remarquais un point commun entre ces artistes. Une particularité qui allait orienter toute ma démarche.
Ils avaient tous, même les plus âgés, un enfant qui continuait à vivre dans l’adulte qu’ils étaient devenus !
Un enfant ludique, qui, lorsqu’il s’exprimait, leur permettait encore de s'enthousiasmer, s'étonner, s'émerveiller et surtout de voir les choses comme on ne sait plus les voir une fois adulte.

Partant de ce constat, je me suis dit que cet enfant créateur n’existait peut-être pas uniquement chez les artistes, que ce don n’était peut-être pas réservé à quelques personnes. Qu’il devait peut-être sommeiller quelque part en chacun de nous et qu'il était possible de le sortir de sa torpeur.
C'est dans cet esprit que j'ai commencé à animer des ateliers d'écriture destinés aux adultes.
J'ai choisi le mot atelier, parce que le lieu où je recevais les participants était un ancien atelier où, au début du siècle, étaient fabriqués des pièges à souris... et les exercices que j’employais, des outils imaginatifs.
Mes exercices étaient tous bâtis sur le même principe, éveiller le potentiel créateur, assoupi chez la plupart d'entre nous.

Aujourd’hui, ma démarche est identique. J'ai bien sûr, au fil des ans, enrichi mes exercices, trouvé des nouveaux stimulus et structuré mes stages selon les participants auxquels ils s'adressent, mais l'esprit reste le même.
Il s'agit toujours d'éveiller cet enfant créateur et de redécouvrir le plaisir originel de créer, avec un matériau disponible pour tous, l’imagination. Tout mon travail repose sur cette idée, et ça marche !

Quels sont les participants à mes ateliers ?
J'anime principalement des stages de formation dans des entreprises, des grandes écoles ou des institutions.
Ces formations concernent des journalistes souhaitant enrichir leur style, des scientifiques désirant vulgariser leurs recherches,
des publicitaires voulant donner du punch à leurs accroches,
des chargé de com cherchant de nouveaux outils.

J'anime aussi régulièrement, des "trainings" d'écriture imaginative. Il s'agit dans un temps très court, d'amener les participants à prendre conscience de leur capacité d’écrire des textes dans lesquels on ne retrouve pas les clichés quotidiens.
Mon objectif lors de ces trainings est de montrer que tout le monde peut écrire avec originalité et plaisir.
Que chaque personne détient le fabuleux pouvoir de créer, avec simplement du papier et un stylo.
Les exercices que j'utilise pour atteindre ce but, sont brefs et inattendus.
Je les ai choisis de façon à ce qu’ils ne donnent pas l'impression d'écrire, mais de jouer. La plupart surprennent et emballent l’imagination des participants, certains testent leur réceptivité, d'autres enfin, rassurent celles ou ceux qui se retrouvent un peu trop remis en question. Car il est essentiel que les participants gardent de cette expérience, un souvenir positif et plaisant.

Pour conclure, voici les 3 conseils que je donne aux participants, lorsque je commence un atelier d'écriture imaginative.

- Premier conseil. Osez vivre l'expérience que je vous propose.
Laissez votre esprit jouer avec les exercices, offrez-lui quelques heures de récréation. Si vous essayez de juger cette expérience au lieu de la vivre pendant qu'elle se déroule, ce sera un échec. Remettez à plus tard, toute critique, analyse ou jugement.

- Deuxième conseil. Osez tout écrire.
Rien ne vous oblige à lire ce que vous aurez produit. Écrivez donc tout ce qui vous vient à l'esprit, même si cela vous paraît absurde, gênant, douloureux ou farfelu. Plus vous vous donnerez de liberté, plus vous briserez vos interdits, mieux vous écrirez et plus votre écriture sera inventive.

- Troisième conseil. Osez ne pas terminer.
Rien ne vous oblige à terminer un exercice. L'idée qu'il faut absolument achever quelque chose, bloque notre spontanéité. Pour donner libre cours à votre imagination, commencez à écrire en vous disant que vous pouvez vous arrêter quand vous voulez.
Comme vous l'avez remarqué, suivre ces conseils c'est donner plus de liberté à l'enfant imaginatif qui est enfoui en nous, c’est libérer notre potentiel créateur, qui attend comme une graine, l’occasion de germer.

Enfin, voici ce que je réponds aux personnes qui me demandent souvent, après un atelier, quels livres il faut acquérir pour "apprendre" l'écriture imaginative : "On pourrait constituer une bibliothèque avec tous les livres sur la question, mais si on n'entretient pas de relations étroites avec l'esprit ludique de l'enfant qui est en nous, c'est inutile."
Écrire avec imagination est un état d'esprit, ça ne s'apprend pas, ça s'entretient.
Les livres ne sont que des boîtes à outils. On ne peut pas trouver cet esprit parmi les outils proposés, mais dans leur maniement.
Ne cherchez donc pas à apprendre l'écriture imaginative, mais faites tout pour entretenir votre esprit créatif. Autrement dit, ne laissez pas passer un jour sans écrire une ligne.